Interview : Benjamin VINIT : "Les Concerts de Poche, une aventure humaine et collective"

Des yeux noirs qui pétillent, des cheveux coupés en brosse façon hérisson malicieux, un sourire toujours accroché aux lèvres, la tête haute et les bras qui dansent… Depuis 2010, Benjamin VINIT dirige les chorales néophytes des Concerts de Poche, dans le cadre des ateliers « longue durée » mis en place par l’association. De leurs premières vocalises jusqu’à leur montée sur scène, où ils chantent en lever de rideau des concerts toujours accompagnés par les concertistes, Benjamin VINIT a conduit des centaines d’enfants, d’adolescents et d’adultes vers cette rencontre avec le chant et la musique classique. Depuis le mois de septembre 2016, devenu chef de chœur-coordinateur de l’association, il veille sur la trentaine de projets « longue durée » menés chaque année par l’association.
Rencontre avec un professionnel passionné et engagé humainement.

        

Qu'est-ce qui vous a amené à travailler avec
Les Concerts de Poche ?

 

Quelle était votre expérience avant ?

En 2010 j’ai répondu à l’appel à projet pour être chef de chœur sur le projet Carmen, un opéra itinérant où les habitants, après plusieurs mois d’ateliers de chant choral, chantaient en lever de rideau les airs de l’opéra les plus emblématiques. Je devais diriger 90 choristes ! J’étais tout jeune à l’époque, et je trouvais vraiment génial de travailler avec des gens qui ne connaissaient pas la musique.

Découvrir Les Concerts de Poche, c’est prendre une énorme claque au niveau du contact humain. On y rencontre des publics totalement éloignés de la musique pour leur faire découvrir et partager ces émotions. Il y a à la fois la richesse de la relation humaine et le défi de ce que l’on peut obtenir en terme de qualité avec ce type de projets.

 

J’avais étudié pendant 20 ans le violoncelle et je dirigeais aussi quelques chœurs adultes en Île-de-France.

J’ai ce souvenir de mon premier concert en tant que violoncelliste, suivi le lendemain de mon premier concert en tant que chef de chœur…
Je me rappelle la différence de ressenti : d’un côté, être applaudi seul et rentrer seul chez soi, de l’autre, l’énergie du collectif, les dizaines de messages reçus et la fierté du travail accompli en groupe. C’était incomparable…
J’ai donc continué mes études pour me professionnaliser en tant que chef de chœur.

 

 B. Vinit

 

Quelles sont les différentes étapes d’une action « longue durée » ?

 

Quelle est votre méthode de travail ?

D’abord, il y a la rencontre, le contact que l’on va établir avec les participants. C’est un moment très important car il pose la suite de la relation. Il permet aussi de montrer mon fonctionnement, ma gestique... Pour être honnête, il s’agit aussi un peu de les épater avec le projet que l’on va construire ensemble !

Il y a aussi le choix du répertoire, qui doit émerveiller les participants et le public, tout en permettant un rendu de qualité. Il faut également inclure dans le projet toutes les personnes qui gravitent autour : les professeurs, les partenaires… C’est une aventure humaine et collective, où l’essentiel est le PLAISIR ! Plaisir de travailler ensemble, de chanter ensemble, de mener ce projet de front, en s’entraidant et en s’encourageant.

Au fur et à mesure des ateliers et des répétitions, vient l’exigence de la qualité et de la précision du rendu.

Arrive ensuite mon moment favori : la rencontre avec les artistes du concert, la fierté des participants de présenter leur travail et l’intimité qu’ils nouent avec les musiciens.

 

Ma méthode s’est construite au fur et à mesure des années :
- alléger au maximum la technique pour ne pas perdre ou rebuter les néophytes
- changer le vocabulaire et la gestuelle
- avoir un rapport tendre avec eux, qui tend vers l’affectif et non le travail

Ce qui est génial avec les actions « longue durée », c’est que l’on s’installe dans la vie des gens, cela dépasse le temps de l’atelier : on prend un café, on mange des pâtisseries, on discute… Au final on en revient à l’essence des Concerts de Poche : tisser et nouer des relations humaines.

Vous parvenez à faire chanter en allemand des personnes qui n’avaient jamais chanté ni parlé allemand, en quelques semaines seulement. Quel est votre secret ?

Pour moi, ce n’est pas vraiment une performance car les enfants ont une mémoire exceptionnelle, ils sont vifs, réactifs, ils essaient et ils réussissent. Je pourrais leur faire chanter du chinois ! Avec les adultes, c’est plus compliqué mais il suffit de les faire beaucoup prononcer et répéter et ça rentre. L’une des clés est aussi qu’ils ont vraiment envie de me faire plaisir.

 

Première partie Barbizon

 

Et les participants, que retirent-ils de ces expériences ?

Chez les adultes, il y a des personnes qui se sont vraiment révélées. Ils apprennent à travailler ensemble, ils vont plus facilement vers les autres. Je pense notamment au projet en cours à Savigny-le-Temple au Centre Social François Dolto. Il y avait notamment une dame, qui ne connaissait personne au départ, et qui maintenant fait des gâteaux pour tout le monde !

Pour les enfants, cela a un impact évident sur la cohésion de la classe. Lors du projet de Varennes-sur-Seine début novembre, il y avait plusieurs élèves perturbateurs dans la classe. Les enseignants m’ont dit, en cours de projet, que leur comportement s’était totalement lissé et que leurs résultats scolaires étaient en hausse. Au-delà, il y a aussi ce plaisir mêlé d’appréhension et de fierté de chanter devant les autres et de monter sur scène pour la toute première fois.
Il y a aussi la découverte de leur propre sensibilité. J’ai vu des petits avec les larmes aux yeux avant de monter sur scène, alors que c’étaient des « gros durs ». Cela leur permet de découvrir le rapport entre art, musique et émotions.

Je suis persuadé que s’ils retombent, adultes, sur une affiche de « Mozart » ou « Weber » qu’ils auront chanté, ils iront au concert !
J’en profite pour vous raconter cette petite anecdote. Depuis que je suis chef de chœur aux Concerts de Poche, je donne, à tous ceux que je dirige, un code de gratuité. Si un jour ils veulent venir à un concert où je participe, je les fais venir personnellement et gratuitement au concert. J’étais très heureux car c’est arrivé récemment ! Trois jeunes de 18 ans m’ont appelé et sont venus assister à l’un de mes concerts. Ils étaient enfants lorsque j’ai travaillé avec eux, c’étaient les premiers que je dirigeais lors de Carmen à Marolles-en-Brie. J’étais très ému.

 

Quel est votre meilleur souvenir aux Concerts de Poche ?

J’en ai beaucoup !!! S’il faut choisir, je citerais ma rencontre avec le Quatuor MODIGLIANI. Ils ont vraiment été formidables avec les enfants, investis avec sincérité dans le projet… C’était une très belle action, nous avons tous pleuré ! Les enfants, Océane Decroze, la chargée d’action culturelle, et moi…

 

quatuor Modigliani